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# Trouver un fil rouge dans sa multitude d'intérêts (avec l'Audit de Curiosité)
- URL: https://www.louisadelin.com/fil-rouge-interet-audit-curiosite/
- Published: 2026-09-12T09:00:05.000Z
- Updated: 2026-09-12T09:00:05.000Z
- Author: Louis-Adelin
- Tags: Curiosité & Créativité, Apprentissage & Compétences, Articles

Dans mes études de marché autant que les questionnaires que j'envoie à ceux qui me lisent, un problème revient encore et encore :  
**→ "j'ai beaucoup de centres d'intérêt mais je me disperse".**  
C'est aussi le sujet que j'ai eu le plus de mal à solutionner moi-même.

Dans mon dernier formulaire envoyé, c'est 83% des réponses pour décrire leur situation actuelle, et ça contient un diagnostic complet en 10 mots :

- "Beaucoup" pose une quantité comme un fait immuable
- Le "mais" le transforme en cause de tout le reste

De manière binaire, c'est : **trop d'intérêts → donc dispersion**. Du coup, on cherche évidemment à éviter cette dispersion, en ne regardant jamais la première partie du constat.

En 1951, le mathématicien Lewis Fry Richardson cherche à savoir si la longueur d'une frontière commune permet de prédire le risque de guerre entre deux pays. En compilant ses données, il tombe sur une anomalie qui n'a rien à voir avec son sujet : l'Espagne et le Portugal ne déclarent pas la même longueur pour leur frontière commune : 987 kilomètres pour l'un, 1214 pour l'autre.

Pourtant personne ne ment, et personne ne s'est trompé non plus.  
Seize ans plus tard, Benoît Mandelbrot reprend le problème dans son article "Quelle est la longueur de la côte de la Grande-Bretagne ?", publié dans la revue Science.

Sa réponse est simple : **ça dépend de la règle.**  
→ Mesure la côte ouest de la Grande-Bretagne avec une règle de 200 kilomètres, tu obtiens environ 2 400 kilomètres.  
→ Refais-le avec une règle de 50 kilomètres, tu obtiens 3 400.

La règle courte épouse les baies, contourne les criques, suit les rochers que la longue enjambait d'un trait. Si on continue de raccourcir la règle, la longueur continue d'augmenter (avec une côte qui n'a pas bougé d'un centimètre).

Avec cette logique, on arrive à une conclusion bizarre : **avec une précision infinie, la côte serait de longueur infinie.** Ce qui n'a pas de sens, on est d'accord, mais c'est la réflexion qui a ouvert la voie à la théorie des fractales.

Où on va avec cette histoire ? Tout simplement, j'argumenterai qu'il se passe quelque chose de similaire quand on compte ses centres d'intérêt.

Tu listes tes activités, par exemple :

- le piano
- l'écriture
- le montage vidéo
- le game design
- l'investissement
- la photo
- les langues

Tu as 7 lignes.

Tu descends dans le détail des projets en cours et des sujets qui t'obsèdent en ce moment, et tu montes à 30.

Mais **si au contraire tu remontes à la question de fond de chaque activité ou projet, il t'en reste 2 ou 3.**

Tu n'as pas menti en disant "j'ai beaucoup de centres d'intérêt". À l'échelle où tu te regardes, ils sont tous là, réels et bien distincts. Mais ce nombre n'est pas utile, car la finesse de la règle est trop petite pour que tout soit cohérent. **On se perd dans les détails sans voir la vision d'ensemble, et c'est justement ça qui crée la fameuse sensation de dispersion.**

## Faire la même chose, mais sous des noms différents

La notion de dispersion est primordiale pour tous ceux intéressés par beaucoup de domaines, parce que c'est la raison principale :

- du manque de progression
- de la frustration de devoir choisir
- du fait de rester à la surface de tous les sujets

Ce qui fait qu'**en général, on ne subit pas passivement sa dispersion, mais on essaye de la traiter (peut-être pendant des années) avec un faux diagnostic**. Et chaque traitement basé sur ce faux diagnostic a ses propres conséquences :

1. **Couper au hasard**  
Convaincu d'avoir trop d'intérêts, tu appliques sûrement la seule solution disponible : choisir (sans savoir lesquels appartiennent au même noyau).  
Tu abandonnes la création vidéo pour pouvoir garder la guitare, alors que la vidéo alimentait le même fil rouge que l'écriture. Tu as réduit le nombre de lignes sans réduire la dispersion réelle, et tu as perdu dans le même temps un médium (on y reviendra).
2. **Payer une taxe de culpabilité permanente**  
À chaque nouvelle curiosité, la même boucle : envie, culpabilité, tentative de résistance, abandon de la résistance, culpabilité renforcée.  
C'est peut-être le plus triste dans tout ça. **Tu ne te prives pas de tes intérêts, tu te prives du plaisir de les avoir.**
3. **Ne rien capitaliser**  
C'est le coût le plus chiffrable et créateur de regrets sur le long terme.  
Par exemple, 7 ans de projets qui (si relus au bon niveau) formaient une même trajectoire. Mais comme tu ne les as jamais vus comme tels, tu les as créés et présentés comme 7 "accidents". Aucun ne s'est additionné aux autres, un projet n'a jamais alimenté le suivant, et la cohérence est arrivée bien trop tard (si tant est qu'elle arrive réellement). Souvent, le résultat est une liste de projets éparpillés, à moitié finis, qui n'ont à première vue aucun sens entre eux.

**En réalité, tu ne t'es peut-être jamais dispersé. Mais t'as passé des années à chercher des excuses et négocier pour faire la même chose, mais sous des noms différents.**

Tout l'enjeu est d'être capable de voir cette cohérence, au lieu d'y trouver constamment de nouveaux projets, vus avec de nouvelles lunettes, et subir le syndrome de l'objet brillant sans fin.

## Le bon niveau de résolution

La curiosité de quelqu'un s'exprime à travers des dizaines de projets ou de sujets différents. Mais aussi immense soit-elle, **ces projets se rattachent presque toujours à un noyau très restreint de 2 ou 3 grands thèmes fondamentaux.**

Prends la figure la plus associée au polymathe. Leonard de Vinci a rempli environ 13 000 pages de notes. Anatomie, hydraulique, vol, géologie, optique, botanique, ingénierie militaire, architecture, peinture. Il laisse des tableaux inachevés, et un cheval de bronze jamais coulé. À cette échelle, ça ressemble à **la dispersion la plus spectaculaire de l'histoire.**

Change de règle.

Dans le Codex Leicester, il écrit que de même que les veines partent de la réserve de sang et se ramifient dans le corps humain, l'océan remplit le corps de la terre d'une infinité de veines d'eau. La même analogie revient dans ses carnets : les artères, les branches d'un arbre, un fleuve et ses affluents. Il y revient encore et encore pendant des décennies.

On peut lire ses projets inachevés comme des échecs d'attention, ou comme des angles d'attaque successifs sur cette question.  
Au niveau de l'activité, 30 sujets. Au niveau de la question, une seule.

**→ La dispersion est surtout un problème de résolution (en utilisant un zoom trop important).**

Maintenant une remarque serait valide : je peux relier n'importe quoi à n'importe quoi en montant assez haut en abstraction. En soi, j'aurais du mal à contredire ça.  
On a vu ce qui se passe quand la règle rétrécit avec notre exemple pour mesurer la côte de la Grande-Bretagne : la longueur augmente sans jamais se stabiliser. Regarde l'autre bout : ça donne quoi si on mesure la Grande-Bretagne avec une règle de 10 000 kilomètres ? Un trait. Ou même un point dans l'Atlantique nord.

Les deux extrémités de la règle produisent des résultats peut-être théoriquement vrais, mais inutiles car inexploitables.

**C'est pour ça qu'on veut être au bon niveau, et ce niveau doit être capable de faire apparaître un fil conducteur valide.**

## La confusion entre un thème et un médium

**On a tendance à confondre ses centres d'intérêt profonds et généraux (les thèmes) et ses moyens d'expression (les médiums utilisés).**

Quelqu'un peut penser qu'il est dispersé parce qu'il s'intéresse à la fois à l'apprentissage du piano, à l'écriture de nouvelles, au montage vidéo et au game design.

Mais en réalité, si il prend 15 minutes pour analyser la situation, il peut se rendre compte que son unique fil conducteur est **l'art du storytelling**. Juste le fait de raconter des histoires. Le piano, les mots, la vidéo et les jeux ne sont que des moyens d'expression, des outils différents pour assouvir une seule et même passion et un fil conducteur unique.

La dispersion vient de ça : se perdre dans les médiums. On n'a jamais pris le temps de se poser et de prendre un minimum de recul, donc **on voit tout ce qu'on fait sous un prisme projet isolé**, intérêt unique, et surcharge d'idées qui ont l'air de n'avoir rien en commun.

Je te propose de prendre ce moment, avec papier / crayon, pour **suivre l'Audit de Curiosité qui est selon moi l'un des meilleurs rendements en termes de temps passé vs clarté apportée.**

## L'Audit de Curiosité

> "Vous n'avez rien à créer, vous n'avez qu'à creuser."  
> Robert Greene

L'Audit de Curiosité a pour but de cartographier l'existant. Son rôle est de **transformer un certain chaos cognitif et quelque chose de clair et d'exploitable**, mais sans imposer de priorisation pour le moment.

C'est seulement ensuite que l'on pourra ajouter cette couche de priorisation avec [**la Pyramide d'Alignement**](https://www.louisadelin.com/roadmap-polymastery-interets-multiples/#:~:text=Structurer%20ses%20priorit%C3%A9s).

L’Audit de Curiosité™ est un processus en trois temps : extraction, tri, et activation.

### 1\. Extraction

Objectif : Externaliser toute ta curiosité (historique, actuelle, et latente).

**a) Historique de Curiosité**  
Objectif : repérer les fils rouges, motifs récurrents de curiosité, obsession, regrets.  
→ Question clé : Qu’est-ce qui m’a obsédé à différentes périodes de ma vie ?

**b) Audit de curiosité actuelle**  
Objectif : identifier les territoires spontanés de curiosité et détecter les aimants attentionnels actifs.  
→ Question clé : "Qu’est-ce qui m’attire, même si je n’y connais rien ?"

**c) Curiosité latente**  
Objectif : Dégeler les désirs “non avoués”, inhibés, les "si j'avais le temps…".  
→ Question clé : “Si tu avais une semaine libre sans contrainte, tu plongerais dans quoi ?”

Avec cette première étape, tu vas constater des patterns, de la récurrence, et une première idée de fil rouge.

### 2\. Tri

Objectif : Organiser et clarifier la liste extraite à l'étape 1.

Classer chaque élément en 3 options :  
a) Un centre d’intérêt → à explorer  
b) Une expérience → à vivre  
c) Curiosité libre → idée floue ou non pressante (pour réduire le backlog cognitif)

### 3\. Activation

Objectif : Catégoriser chaque centre d’intérêt (énergie, niveau de friction, statut mental,…) pour définir si ils sont à activer, canaliser, ou archiver.

![](https://www.louisadelin.com/content/images/2026/09/Capture-d---cran-2026-09-10-105932.png)

À noter que tout **cet inventaire doit être surtout archéologique** : un tri déclaratif produit la liste qu'on aimerait avoir, là où le tri archéologique produit la vraie.

- Quelque chose qui est constamment revenu mais qui n'a jamais été exploité est un signal
- Ce qui a été abandonné 5 fois sur 10 ans mais qui revient est un attracteur
- Ce qui a été réalisé avec comme origine une obligation extérieure plutôt qu'un intérêt intrinsèque peut être écarté

Avec ça, tu as :

1. Identifier les patterns récurrents et clarifier un fil rouge (ou 2 ou 3 questions générales qui t'obsèdent)
2. Catégoriser chaque élement pour savoir comment l'aborder
3. Décider quoi faire ce chaque intérêt (et ce que tu peux abandonner sans pression)

**Le critère de récurrence tranche sur ta réelle dispersion.** Tu n'as rien besoin d'inventer, juste à observer ce qu'il s'est passé, ce qui revient encore et encore, et de quelle manière.  
Si tu veux aller plus loin sur cette partie, on creuse cet Audit bien plus en détail dans [**la Boussole Mentale**](https://www.louisadelin.com/la-boussole-mentale/).

Le diagnostic engendre un changement de question : "Combien de choses m'intéressent ?" devient "Qu'est-ce qui revient constamment derrière tout ça ?". Et une fois que ce fil rouge est identifié, les étapes suivantes permettent de le suivre de la meilleure manière.

L'objectif, au final, est simplement de trouver une certaine clarté pour être à l'aise sur le fait de choisir **temporairement** un domaine d'intérêt, le maîtriser, en conquérir un second, les combiner, et finir par créer un champ de compétence unique et personnel.

Tu as maintenant tes 2 ou 3 questions centrales, et la liste de médiums pour chacune. Mais il reste l'autre moitié du travail, et c'est le sujet de la prochaine newsletter : savoir les orchestrer de manière cohérente.

En attendant, l'Audit t'apporte déjà une vue d'ensemble te permettant d'arrêter de tout voir en accumulation de briques isolées.

> "Une accumulation de faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison."  
> Henri Poincaré

Excellent week-end,  
LA