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# Pourquoi ton style d’apprentissage freine ta progression
- URL: https://www.louisadelin.com/mythe-style-apprentissage/
- Published: 2026-08-22T09:00:13.000Z
- Updated: 2026-08-22T09:00:13.000Z
- Author: Louis-Adelin
- Tags: Apprentissage & Compétences, Articles

Il y a quelques jours, j'ai demandé sur Threads : "Quel est ton problème principal pour apprendre quelque chose ?". Certaines réponses ne m'ont pas surpris (manque de clarté, de persistance, de patience,…), mais d'autres m'ont fait prendre conscience que certains mythes de l'apprentissage restent solidement ancré.

Par exemple :

![](https://www.louisadelin.com/content/images/2026/08/image-2.png)

  
Cette notion vient des styles d'apprentissage (et du modèle VARK). Simplement, **chaque individu posséderait un style d'apprentissage qui lui est propre et qui lui convient mieux.**  
Par exemple :

- si tu es un apprenant auditif, tu apprends mieux en écoutant ou en parlant
- si tu es kinesthésique, tu apprends mieux en expérimentant et en mettant la main à la pâte, et via le mouvement
- si tu es un apprenant visuel, tu apprends mieux à travers des images, des schémas et des illustrations

Ce qui m'a le plus frappé dans la réponse précédente que j'ai reçue, c'est le mot "dois". Autrement dit, c'est une condition obligatoire si je veux mémoriser. **On se met nous-mêmes volontairement dans une boîte, et on s'y enferme.**

Pour rester sur cet exemple, il est clairement prouvé que le mouvement a un impact positif sur la mémorisation. Mais en aucun cas ça ne veut dire qu'il FAUT marcher pour mémoriser (ni que chacun a un style propre).  
Autrement dit, **un comportement peut être bénéfique sans constituer un style d’apprentissage individuel.**

## Pourquoi certains mythes restent solidement ancrés

Le bon point, c'est qu'il s'agit maintenant d'un sujet amplement étudié, avec des résultats similaires. Si je prends l'étude de Macdonald de 2017, 93% du grand public croit aux styles d'apprentissage, et 78% des personnes formées en neurosciences également.

Au vu du sujet, du bon sens apparent, et de ce que pensent la majorité des gens, on peut s'imaginer l'évidence suivante : il y a des décennies de recherche qui valident l'idée des styles d'apprentissage. Pourtant, c'est tout le contraire. 

Des expériences ont été faites sur la performance de certaines personnes tout en connaissant leur "style". Les performances auraient dû être meilleures quand la méthode proposée correspondait à ce style, mais ce n'était pas le cas. **Ceux avec la meilleure performance avaient juste une stratégie** (par exemple, mémoriser en se créant une histoire, ou encore regrouper les infos en "chunks").

> "Il n'y a pas de preuve crédible de l'existence des styles d'apprentissage."  
> Riener & Willingham, The Myth of Learning Styles, 2010

Je pensais que le sujet était clos. Mais à mon propre étonnement, je me suis rendu compte que ce n'est pas le cas, et que ça dessert encore beaucoup de monde.  
**On a maintenant 30 ans de recherche convergente sur le sujet, une invalidation répétée, et pourtant une croyance toujours presque intacte.**

Toute la recherche par contre se rejoint sur 2 choses :

1. Tout le monde bénéficie d'utiliser plusieurs "styles"
2. Des préférences d'apprentissage existent (mais sont dues à des habitudes et du type d'exposition)

Maintenant, mon objectif ici n'est pas d'apporter des arguments supplémentaires pour prouver que les styles d'apprentissage n'existent pas. Ça a été recherché et prouvé avec ces 30 dernières années de recherches. Par contre, ce qui m'intéresse, c'est de comprendre **pourquoi le mythe survit encore aujourd'hui, et comment ajuster cette croyance pour en tirer des bénéfices.**

L'énigme est donc la suivante :  
→ Pourquoi un mythe connu comme faux ne meurt pas ?

## Le mécanisme de survie : identité vs méthode

Selon moi, la raison principale est que **les fameux styles ne correspondent pas une théorie de l'apprentissage. Mais il s'agit plutôt d'une théorie de l'identité.** "Je suis un apprenant visuel" n'est pas une méthode, c'est une auto-description.  
On cherche à savoir comment on apprend NOUS, et par ce filtre on ne pose des questions que sur soi-même. Mais **une question sur soi ne peut produire qu'une réponse en forme de trait stable.**

- Comment j'apprends ? → "Je suis kinesthésique"
- Comment je fonctionne ? → "Il faut que j'écrive pour mémoriser"
- Pourquoi je n'y arrive pas ? → "Ça ne fonctionne que si je peux écouter l'information"

Quand tu bloques sur un apprentissage, tu cherches une explication. Deux formes sont disponibles :

1. "Qu'est-ce que je fais mal ?"  
→ réponse : une méthode. Corrigeable, donc inconfortable, parce qu'elle nous force à changer quelque chose.
2. "Comment je fonctionne, moi ?"  
→ réponse : un trait. Non corrigeable, donc réconfortante, parce qu'elle explique l'échec sans demander quoi que ce soit.

Un test rapide :  
→ **Si une croyance sur ton fonctionnement ne peut jamais être invalidée par une session de travail, ce n'est pas une hypothèse de méthode, mais une identité.**

Concrètement :  
**Une hypothèse de méthode est réfutable par l'usage.**  
"Je retiens mieux en reformulant à voix haute qu'en relisant" : tu testes une semaine, tu compares, tu obtiens une réponse. Elle peut être fausse, et si elle l'est, tu peux changer de méthode.

**Une identité n'est réfutable par rien.**  
"Je suis un apprenant visuel" : quelle session de travail pourrait démentir ça ?

- Si tu progresses avec un schéma, confirmation
- Si tu progresses sans schéma, tu as compensé quelque part
- Si tu échoues avec un schéma, le schéma était mauvais
- Si tu échoues sans, bah forcément : tu es visuel  
Aucun résultat possible ne compte comme démenti.

Et **si aucun test ne peut invalider l'hypothèse, la croyance est increvable.**  
Ce qui explique qu'on se range bien gentiment dans une case fixe, avec une méthode et un label identitaire.

## Labellisation et perte de flexibilité

La question sur la nature produit donc une réponse invérifiable, qui va légitimer l'évitement (de la seule chose qui te ferait réellement progresser).  
Ce label devient un raccourci pour "tout ce que je ne peux pas faire".  
→ je ne suis pas auditif = j'évite l'écoute active.

Or souvent, tout ce qui est évité de cette manière correspond justement à la zone de progression (zone de confort cognitive, ne pas mettre en place une difficulté désirable).  
Pire, on met en place **une philosophie de faibles attentes** :

1. Je suis mon style d'apprentissage
2. Je ne peux apprendre que d'une seule manière
3. Il y a plein de choses dont je suis incapable
4. Du coup, c'est ok de ne pas les faire

Et comme ça, avant même de s'en rendre compte, on est pris au piège dans une cage. On se la construit soi-même, et on essaie d'apprendre dedans. Quand en réalité, on est juste en train de créer des limites artificielles sur nos capacités, nos méthodes, et nos stratégies possibles.

On est bloqué, avec qu'une seule approche possible, peu importe ce qu'on essaye de faire. **On perd l'un des éléments les plus importants pour progresser : la flexibilité.**

## De la personne vers la tâche : flexibilité et stratégie optimale

Le problème n'est pas la réponse, c'est la question.  
Tout le travail de débunk des styles d'apprentissage s'acharne sur la réponse : "les styles n'existent pas, être purement un apprenant visuel est faux,…".  
Mais le fait d'y croire permet surtout de répondre à la question initiale : "comment est-ce que j'apprends, moi ?". Et cette question est défectueuse par construction → même une réponse juste ne servirait à rien.

Pourquoi ? Parce que c'est une question sur toi. Comme on l'a vu plus haut, toute réponse à une question sur soi est stable : "Je suis X / Y / Z".  
C'est une explication qui ne demande aucun changement : "C'est normal que ça ne fonctionne pas, je suis X / Y / Z." C'est donc une belle autorisation pour justement éviter d'aller chercher ce qui fonctionnerait.

**Le label qu'on s'est collé nous enlève la flexibilité**, et c'est précisement ce qu'il faut essayer de réintégrer. Pour ça, on peut creuser la notion de préférence. Si les styles n'existent pas, on a bel et bien des préférences en matière d'apprentissage. La différence, c'est que ces préférences viennent des habitudes ou des besoins spécifiques.

Je ne préfère pas les schémas parce que je suis visuel, mais parce que j'ai passé des années à les utiliser et que je suis devenu bon à ça. Ça explique ce que j'ai fait avant, mais ça ne prédit en rien mes capacités. C'est utile, car ça nous indique ce que l'on sait déjà bien exploiter, sans rien interdire à côté.

C'est également une question de besoins. Oui, deux personnes devant le même contenu n'ont pas les mêmes besoins.  
Le mythe répond à : qui je suis. La question utile est : où j'en suis, dans quoi.  
**Personne n'a le même niveau de compétence, ni les mêmes projets, ni la même situation. Du coup, personne ne devrait avoir le même label.**

Le problème principal, c'est qu'abandonner cette approche crée un trou, une incertitude : quand tu abandonnes l'idée des styles, il faut bien décider comment travailler demain matin.  
Pour ça, je te propose une solution en 3 indicateurs :

1. **La compétence visée dicte le format** : le piano exige de la manipulation, une langue exige de parler, l'écriture exige… d'écrire
2. **Le niveau actuel dans le domaine précis dicte le calibrage** : le support qui aide un débutant nuit souvent à un intermédiaire (cf l'inversion d'expertise de Kalyuga)
3. **L'environnement dicte les contraintes réelles :** temps disponible, accès aux outils, feedback, ressources,…

La différence majeure est que ces 3 entrées produisent une décision exécutable.

Une objection tient encore : si tu passes 10 ans sur un seul domaine, l'étiquette ne te gêne pas vraiment. Elle ne te gêne pas parce que rien ne vient la tester, un seul domaine = un seul format exigé. Tu peux te déclarer visuel pendant 10 ans sans jamais rencontrer la situation qui te contredirait. Dans ce cas, le label ne survit pas parce qu'il est vrai, mais parce qu'il n'est jamais mis à l'épreuve.

Dès que tu apprends plusieurs choses, par contre, il se casse tout seul. Une méthode va parfaitement fonctionner dans une situation, et pas du tout dans l'autre. C'est là que ta situation de multi (multiprojet, multipassionné,…) devient un avantage : **pas de méthode attitrée, simplement une capacité à aller chercher la plus adaptée au domaine** (parce que plus tu changes d'intérêt ou de compétence, plus tu entraînes ta capacité d'adaptation).

> "Une préférence sur la façon dont on étudie ne représente pas un style d'apprentissage."  
> Paul A. Kirschner

Excellent week-end,  
LA