Comment cartographier une compétence (arbre sémantique et atomes de connaissances)

Quand on apprend quelque chose de nouveau, on a tendance à l'enregistrer comme une information isolée. Un fait. Un concept. Une méthode. Quelque chose qui flotte dans le vide, sans lien avec le reste.

Et c'est exactement pour ça qu'on oublie.

Le cerveau ne retient pas les informations isolées, mais retient les connexions.

"Tu ne peux pas te souvenir de ce que tu ne peux pas relier."
Justin Sung

Une connaissance sans connexion, c'est une branche morte. Elle ne mène nulle part, elle ne supporte rien, et elle finit par tomber parce que personne ne l'utilise.

À l'inverse, une connaissance connectée à une structure solide devient un point d'ancrage. Elle renforce le tout, facilite l'apprentissage futur, et reste accessible.

Dans un cas tu accumules des informations, dans l'autre tu construis une expertise.

Cette newsletter est en quelque sorte la suite logique de celle de la semaine dernière (si tu l'as ratée, tu peux la retrouver ici), en se concentrant sur l'une des 2 approches évoquées.

L'arbre sémantique : la structure sous-jacente de toute compétence

Quand un expert d'un domaine résout un problème, il ne cherche pas dans une liste mentale de solutions possibles. Il navigue dans un arbre sémantique : une représentation mentale du domaine, organisée en couches de profondeur croissante.

Cet arbre a 3 niveaux :

  1. Le tronc (principes fondamentaux)

Ce sont les règles générales du domaine, les contraintes universelles, les mécanismes de base. Ils sont peu nombreux, mais ils structurent tout le reste.

  1. Les branches (concepts intermédiaires)

Ce sont les regroupements logiques, les catégories, les frameworks. Ils permettent de naviguer dans le domaine sans se perdre.

  1. Les feuilles (applications spécifiques)

Ce sont les détails, les méthodes, les exemples concrets. Ils sont nombreux, changeants, et remplaçables.

À ton avis, où faut-il se concentrer pour monter en compétence quand on part de zéro ? Oui, c'est plus une question de solidité du tronc et de clarté des branches que de quantité de feuilles connues.

Le débutant accumule des feuilles en espérant qu'un arbre finira par émerger par magie, quand la meilleure approche est de construire l'arbre permettant aux feuilles de s'y accrocher naturellement.

Les 3 atomes de connaissance

Scott Young propose une manière simple de structurer n'importe quelle compétence en 3 types d'éléments qu'il appelle "les atomes de la connaissance" :

  1. Les faits

Ce qu'il faut mémoriser : les termes, le vocabulaire, les formules, les définitions.

→ C'est la couche brute de l'information.

  1. Les concepts

Ce qu'il faut comprendre : les principes, les idées, les relations de causalité.

→ C'est la couche de sens.

  1. Les procédures

Ce qu'il faut savoir faire : les techniques, les méthodes, les savoir-faire.

→ C'est la couche d'exécution.

En général, on se concentre sur les faits. On mémorise, et on accumule. Mais sans concepts pour structurer ces faits, tout reste fragmenté. Et sans procédures pour intégrer la compétence, ça reste souvent de la théorie fumeuse inutilisable.

Je pense que c'est exactement ce que voulait dire Feynman quand il partageait :

"Je ne sais pas ce qui cloche chez les gens : ils n’apprennent pas en comprenant, ils apprennent d’une autre manière. Par cœur, ou quelque chose comme ça. Leurs connaissances sont tellement fragiles !"
Richard Feynman

Comment construire l'arbre pour laisser le reste s'accrocher

Quand on découvre un nouveau domaine, l'instinct naturel est de tout consommer. On lit, on regarde, on écoute. On accumule des informations en espérant qu'un jour, elles finiront par faire sens.

Mais en faisant ça, on se retrouve souvent avec une surcharge mentale, une infobésité, et un flou encore plus important.

Comme on l'a vu, le cerveau a besoin d'une structure préexistante pour accrocher les nouvelles informations. Sans cette structure, on a l'illusion de comprendre, mais tout reste en surface et très fragile.

La solution : se "primer" avant d'apprendre. Autrement dit, préparer au mieux l'intégration de la compétence recherchée.

1. Créer un déficit de connaissance intentionnel

Avant de consommer du contenu, prends 10 minutes pour te poser des questions sur le sujet.

Pas des questions vagues type "c'est quoi ce truc ?", mais des questions précises qui créent un espace vide entre ce que tu sais et ce que tu veux maitriser :

  • Quels sont les concepts clés de ce domaine ?
  • Quelles sont les erreurs fréquentes des débutants ?
  • Quels principes fondamentaux structurent l'ensemble ?
  • Comment les experts organisent ce domaine ?

Il y a de bonnes chances que tu ne connaisses pas les réponses, et c'est exactement le but. En te posant ces questions, tu crées des "hooks" dans ton cerveau. Des points d'accroche pour les informations futures. Quand tu vas ensuite consommer du contenu, au lieu d'écouter passivement, tu vas chercher activement les réponses.

Une autre excellente manière, c'est de faire avant d'apprendre. Tu vas tester, te rendre compte que tu ne sais pas faire, identifier où ça bloque, et développer une envie de combler ce déficit en allant apprendre dans un second temps (ce qui "s'accrochera" bien plus facilement).

2. Mapper la structure avant de plonger dans les détails

Une fois que tu as identifié les grandes questions, tu peux trianguler pour construire une première version de l'arbre sémantique.

Consomme 2 ou 3 ressources de référence (articles, vidéos, podcasts avec des experts,…) et note :

  • les patterns qui reviennent
  • Les concepts qui apparaissent encore et encore
  • Les principes qu'on retrouve sous des formes différentes

Tu peux aussi utiliser l'IA pour accélérer cette phase. Demande lui de cartographier le domaine, d'identifier les concepts clés, ou encore de clarifier la chronologie optimale d'apprentissage.

Exemple de prompt :

Tu es un expert pédagogique du domaine suivant : [DOMAINE].
1. Identifie les premiers principes pour apprendre efficacement ce domaine
2. Résume le domaine sous forme de carte mentale structurelle
3. Liste moi les meilleurs experts qui ont étudié le domaine et les meilleures ressources me permettant de trianguler les informations afin de compléter, vérifier, ou corriger ta réponse
Évite le jargon. Priorise la clarté, la structure et la compréhension.

C'est une étape clé dans le fait de structurer et clarifier la compétence qu'on voit en détail dans PolyMastery. Mais l'objectif à ce niveau n'est pas d'avoir une carte parfaite, c'est d'avoir juste assez de structure pour que les futures informations trouvent leur place.

3. Passer de "connaître le nom" à "maîtriser les relations"

La plupart des gens s'arrêtent là : ils connaissent le nom des concepts, mais pas les concepts eux-mêmes.

Ils savent que le concept "d'effet de levier" existe, mais ne comprennent pas comment :

  • l'identifier
  • l'exploiter
  • le transférer dans un autre contexte

Logique, car c'est plus compliqué. C'est facile de lire sur 25 concepts, mais c'est tout de suite plus dur de les utiliser concrètement.

  • Quelles sont les relations de causalité entre les concepts ?
  • Dans quels contextes ce concept s'applique-t-il (et où il ne marche pas) ?
  • Comment ce concept peut synergiser avec d'autres ?
  • Comment adapter ce concept à mon cas spécifique ?
  • Qu'est ce que je peux faire immédiatement pour appliquer, tester, intégrer cette idée ?

Avec tout ça, on construit petit à petit le fameux arbre.

Arbre sémantique et effet réseau

Une fois cet arbre construit, quelque chose se produit : tout devient plus facile et logique.

Chaque nouvelle information ne demande plus autant d'effort, car elle trouve sa place dans la structure existante. Elle se connecte aux concepts déjà maîtrisés, elle va naturellement se ranger à la bonne place pour renforcer le tout.

Tu passes de la surcharge cognitive à la reconnaissance de patterns, en n'étant plus submergé par les nouvelles informations parce que tu sais où elles s'intègrent. Autrement dit, en tombant sur un nouveau concept du domaine qui t'intéresse, l'idée est de passer de "c'est quoi ce truc, qu'est ce que j'en fais ?" à "oui logique, c'est lié à ça".

Et sûrement le plus important, tu facilites le Saint Graal en devenant capable de transférer ce que tu maitrises. Parce qu'en ayant cette approche, on n'est pas fixé sur une solution spécifique à un problème précis, mais plutôt à une structure logique (qui est par définition plus facilement transférable à d'autres contextes).

L'arbre sémantique structure toute expertise : un tronc (principes fondamentaux), des branches maîtresses (concepts intermédiaires), et des feuilles (applications spécifiques).

C'est cette structuration qui permet à chaque nouvelle information de trouver sa place en se connectant naturellement.

"Il est essentiel de voir la connaissance comme une sorte d’arbre sémantique : assure toi de comprendre les principes fondamentaux, c'est-à-dire le tronc et les grandes branches, avant de t’attaquer aux feuilles et aux détails. Sinon, ces détails n’ont rien à quoi s’accrocher."
Elon Musk

Excellent week-end,

LA

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