Tout auteur n'a que 3 idées phares (comment assimiler la philosophie de n'importe qui en quelques heures seulement)

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Pendant longtemps, je consommais du contenu de manière assez aléatoire. C'est-à-dire qu'il n'y avait jamais de cohérence, de thème, ou d'auteur commun dans les 10 vidéos que je regardais le même jour. Une vidéo d'un philosophe sur un sujet X, un podcast d'un historien spécialisé sur le sujet Y, suivi d'une interview d'un sportif de haut niveau sur un sujet Z. Et à chaque fois, je ressortais avec les mêmes impressions :

  1. ces gens sont incroyablement compétents
  2. ils semblent tout savoir
  3. comment font-ils pour maîtriser leur domaine à ce point ?

En construisant progressivement ma propre approche d'organisation et d'apprentissage par sprints et par immersions (ce que j'ai intégré dans mes Saisons, l'Atelier, et l'ensemble de mes systèmes personnels), j'ai également changé ça au niveau de ma consommation de contenu. J'ai commencé à consommer un seul sujet, une seule source, sur une fenêtre de temps courte et dense (notamment via Reader). Et j'ai réalisé qu'à chaque fois, la personne que j'étudiais n'avait grosso modo que 5 à 10 idées phares, remises à toutes les sauces et reformulées dans des contextes différents.

L'objectif de cette newsletter n'est pas de dire que les experts sont moins compétents qu'il n'y parait, au contraire, mais qu'il est possible de capter la fondation de toute leur perspective en quelques heures seulement.

Pourquoi nos auteurs favoris semblent impossibles à saisir

Quand je découvre quelqu'un, j'ai toujours la même sensation. Face à un auteur, un philosophe, ou un expert qui me fascine, la première impression est toujours que sa pensée est un labyrinthe. Qu'il faudrait des années pour vraiment le comprendre, et qu'on ne peut qu'effleurer à peine la surface de son approche (surtout quand on picore du contenu par ci par là).

Quand tu découvres un penseur de manière fragmentée, tu consommes ses idées dans le désordre, sur des mois ou des années, sans jamais prendre un moment pour avoir la carte complète sous les yeux. Pour toi, chaque fragment semble unique, dense et riche parce qu'il est isolé. Pour l'auteur, c'est en général qu'une énième variation de son idée principale.

L'hypothèse que je propose est celle-ci : la complexité perçue d'un penseur vient de la dispersion temporelle de son contenu, pas de sa profondeur réelle.

Et attention, ça ne veut pas dire que sa pensée est simple. C'est que la plupart des personnes partageant leurs compétences gravitent autour de quelques premiers principes fondamentaux qu'ils explorent sous des angles différents tout au long de leur carrière. Et en compressant ton exposition sur une fenêtre courte et dense, ces patterns deviennent visibles rapidement. De cette manière, on peut facilement transformer le fameux labyrinthe en architecture simple et cohérente avec quelques piliers centraux (et beaucoup de variations autour).

C'est le même principe que la gestion des priorités. Si on en a 25 en même temps, on en a au final aucune et on ne fait qu'étaler la progression dans le temps. L'intégration des idées demande du temps, mais pour la cartographie initiale, c'est l'inverse : plus tu étales, plus tu te perds.

Les 3 avantages de l'immersion condensée

Quand tu exposes ton cerveau à un volume dense de contenu d'une même source sur une courte période, 3 choses se produisent que l'exposition fragmentée ne permet pas.

D'abord, les patterns récurrents deviennent immédiatement visibles. Tu te rends compte bien plus facilement des mêmes métaphores qui reviennent, des mêmes structures d'argument, des mêmes exemples exploités dans des contextes différents. Ils sont souvent invisibles quand tu lis un article par mois, mais ils sautent aux yeux quand tu écoutes 5 interviews dans la semaine.

Ensuite, tu identifies rapidement ce qui est central ou non. Tout penseur a un noyau dur d'idées fondatrices et une périphérie de variations, d'applications, d'exemples. En immersion condensée, tu comprends instinctivement (grâce aux patterns récurrents) ce qui appartient au noyau et ce qui est secondaire. C'est bien plus difficile d'avoir cette analyse avec une exposition diluée, car on manquera de points de comparaison.

Enfin, tu arrives à des questions précises et profondes beaucoup plus vite. Au lieu de passer des mois à accumuler des questions génériques ("qu'est-ce qu'il veut dire par là ?"), tu arrives rapidement au niveau des questions bien plus spécifiques, celles qui touchent aux limites ou aux angles morts de l'idée que tu explores.

Le process en quatre phases pour cartographier une perspective en quelques heures

  1. L'immersion condensée avec un filtre actif

La première phase ressemble à de la consommation intensive, mais elle est guidée par 2 questions constantes :

  • Quelles sont les idées qui reviennent ?
  • Quelles sont les métaphores et structures d'argument récurrentes ?

Tu ne cherches pas à tout comprendre en profondeur. Tu chasses les patterns pour cartographier la surface (et pouvoir plonger en profondeur à la suite).

Ce que je préfère à ce niveau en termes de format, ce sont les podcasts et interviews. Autrement dit, les formats longs (hors livres). Ce sont eux qui révèlent le plus fidèlement la structure de pensée d'un auteur, parce qu'ils sont moins polis et plus spontanés que les livres, qui eux tendent à masquer les répétitions mais qui seront excellents pour rentrer en profondeur après ce filtre initial.

  1. L'extraction des premiers principes

Une fois que tu as identifié les patterns récurrents, tu réduis.

  • Qu'est-ce qui reste quand on enlève les variations, les exemples, les métaphores ?
  • Quels sont les 2 ou 3 postulats fondamentaux sur lesquels tout le reste repose ?

Étape un peu plus demandante, car elle demande de distinguer les principes et concepts fondamentaux de tout ce qui est illustratif. Un bon exercice : si tu vois la perspective de chaque personne comme une religion, quels sont les 3 à 5 croyances phares qui la composent ? Si ce n'est pas clair ou si tu te retrouves avec 25 idées, c'est sûrement que tu n'as pas encore trouvé les premiers principes.

Je suis toujours étonné de la vitesse à laquelle on peut arriver à ce stade quand on condense sa consommation de contenu sur un seul et même sujet ou auteur. Dans certains cas, je peux me dire qu'un sujet est complexe ou que la pensée d'un philosophe est extrêmement complexe car ça fait des années que je le lis ou j'écoute, alors que je commence à tourner en rond après seulement quelques jours quand je ne fais que ça.

C'est d'ailleurs un bon indicateur. Si, arrivé au 5ème podcast de la même personne, tu n'apprends plus rien (ou mieux : tu sais déjà ce qu'il va dire, quelle idée il va mettre en avant, et avec quelle métaphore), c'est souvent bon signe.

  1. La reconstruction synthétique

C'est l'étape d'encodage actif, et donc l'étape la plus exigeante cognitivement.

Tu construis ta propre représentation de la pensée que tu viens de cartographier. Ici, plein de formats possibles : carte mentale, mini essai, méthode Feynman, ou encore la reformulation et l'intégration dans un système Zettelkasten. L'objectif n'est pas de reproduire fidèlement, mais de s'approprier les concepts, c'est-à-dire reconstruire dans tes propres mots et selon ta propre philosophie.

Ce passage par l'écriture ou la structuration active fait 2 choses :

  • Il teste la compréhension et l'intégration en révélant immédiatement ce qui n'est pas clair
  • Il force la création de connexions réelles

Ce sont ces 2 mêmes éléments qui permettent d'orienter la phase suivante.

  1. Les questions de précision

Tu as maintenant une carte cohérente et tes zones d'ombre identifiées. Tu peux enfin poser des questions précises et profondes. À ce stade, il ne devrait plus y avoir beaucoup de questions génériques, mais plutôt :

  • Dans ce contexte précis, comment ce principe interagit-il avec cette limite que j'ai identifiée ?
  • L'auteur parle de A et le connecte avec B, mais pourquoi n'intègre t'il pas C ?
  • Est-ce que la philosophie de l'auteur A rejoint celle de B si je me base seulement sur les principes fondamentaux ?

C'est à ce niveau que consulter un expert, poser une question à quelqu'un qui connaît bien l'auteur ou le domaine, ou plonger dans les sources primaires devient vraiment rentable. Surtout si tu arrives avec les bonnes questions.

La complexité perçue d'un penseur est souvent le résultat de la méthode d'exposition, pas de la densité réelle de sa pensée. Selon moi (et ce que j'ai mis en place pour ma propre consommation de contenu), l'immersion condensée est une très bonne solution pour révéler les structures et concepts fondateurs et comprendre l'approche de quelqu'un en quelques heures seulement.

"Take a simple idea and take it seriously."
Charlie Munger

Excellent week-end,

LA

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