L’art d’orchestrer ses compétences
Je croise constamment des personnes avec un discours similaire : "Je veux apprendre l'espagnol, poursuivre ma curiosité sur la mythologie, tout en progressant au piano et en trouvant du temps pour ma passion pour la lecture".
Formulé comme ça, c'est sûr que la tête explose vite. En restant à ce niveau, on met de côté le principal avantage d'être intéressé par plein de choses : on voit de la surcharge, où on pourrait y voir une cohérence et un avantage.
Cet avantage n'a jamais été le volume de compétences, mais plutôt de leur orchestration. Mais pourtant, l'immense majorité ne trouve jamais de direction claire dans ce qu'ils font. Ils se perdent dans une suite d'accumulation sans jamais réussir à en faire quelque chose de logique et de personnel. Ils vont empiler l'espagnol, la mythologie, le piano, et la lecture avec le problème constant de "j'ai pas assez de temps", sans se poser 5 minutes pour y trouver un sens commun.
Cette orchestration peut être vue sous 3 caractéristiques :
- Étendue : Largeur du champ de compétences et d'intérêts couverts et explorés
- Profondeur : Niveau d'expertise profonde atteint dans chaque pilier
- Intégration : Synergies et connections créées entre les domaines
Autrement dit :
- Étendue = acquérir les briques
- Profondeur = rendre les briques solides
- Intégration = construire avec ces briques
Dans les newsletters récentes, j'ai parlé de l'Étendue (mapping des intérêts avec l'Audit de Curiosité), mais aussi de la Profondeur (le sweet spot des multipassionnés).
Il nous reste donc à voir ici le dernier critère : l'Intégration.
Accumuler des briques n'a jamais rien construit
Je ne t'apprends rien en affirmant qu'accumuler sans lien ne produit que des pièces détachées. La stratégie n'apporte que rarement de la valeur, encore moins un résultat utile.
C'est pourtant la stratégie de base. Quand on observe soi-même un manque de progression, le réflexe est d'aller chercher autre chose. Un 4ème domaine. Puis un 5ème. Et hop, on empile en continu avec l'espoir de résoudre notre problème. Mais on n'est jamais satisfait, car plus on accumule, plus on a soif d'accumulation.
On devient peut-être un profil de plus en plus "rare", dans le sens où peu de monde a entassé les mêmes intérêts que nous. Mais malheureusement, on peut être rare sans jamais devenir utile.
Par contre, je l'ai déjà dit (mais je le redis) : ma perspective n'est pas d'exploiter, en tout temps, chaque petit bout d'intérêt pour productiviser tout et n'importe quoi (surtout ce qui doit rester de la pure exploration de sa curiosité).
Simplement, je me penche plutôt pour faire en sorte de résoudre les problèmes que je vois au quotidien de frustration, de manque de progression, d'organisation, ou encore de clarté.
Il y a ce qu'on fait par plaisir sans pression, et il y a ce qu'on fait pour avoir un certain impact. Et le "marché" (ou disons la vie de manière générale) récompense bien plus facilement la coordination des compétences qu'une somme de briques isolées.
Prends simplement :
- 3 compétences ordinaires
- combinées autour d'un vrai problème
- répétées jusqu'à produire un résultat fiable
Et c'est plus que suffisant pour obtenir un avantage incroyable.
De l’accumulation à l’orchestration
“Good + Good > Excellent”
Scott Adams
On commence tous par accumuler. On ne sait pas comment trouver une cohérence générale, donc on explore, on entasse, et on affine au fil du temps. C'est normal.
Mais c'est aussi utile de garder en tête un idéal : savoir dans quelle situation on voudrait être, même si on ne sait actuellement pas comment y arriver.
Dans ma vision, il y a 3 étapes.
- Accumulation
Domaine A, Domaine B, Domaine C.
On a des briques indépendantes, que l'on explore chacune de leur côté. On a 3 tunnels bien distincts, sans chercher à les connecter d'une manière ou d'une autre. Chacun de ces domaines a son moment et son contexte.
C'est ici que l'on peut vite se sentir surchargé et dispersé, surtout si on reste dans une logique de largeur (c'est-à-dire ajouter des domaines, encore et encore).
→ Produit : rien. Ni rareté, ni valeur.
- Combinaison
A x B x C.
La notion de rareté apparait ici. On a par exemple 3 domaines à peu près indépendants, et l’intersection devient statistiquement peu peuplée. Le profil est peu commun, et les domaines sont unis d'une manière ou d'une autre.
C'est le "skill stacking" de Scott Adams.
→ Produit : de la rareté, mais pas forcément de la valeur.
- Orchestration
(A × B × C) → Résultat.
Tous les domaines maîtrisés ou travaillés convergent. Un seul résultat, et chacun y joue un rôle dédié.
Ce n'est pas forcément des compétences différentes de l'étape de Combinaison, mais la cohérence est apparue. On a trouvé un sens commun, et on utilise ces domaines ou compétences sous le filtre d'un résultat clair.
→ Produit : rareté et valeur.
La Combinaison Signature
Pour faire simple, on peut se donner l'objectif de trouver une formulation qui représente bien cette 3ème étape.
C'est ce que je te propose avec la Combinaison Signature : une orchestration de compétences suffisamment rare pour être distinctive et suffisamment complémentaire pour produire un résultat valorisé.
Voilà la formulation :
→ Je suis le seul à pouvoir [valeur unique créée], pour [qui], parce que je combine [pilier A] + [pilier B] + [pilier C].
Les "piliers" étant des domaines, des compétences, ou encore un type de profil spécifique.
La formulation doit être :
- unique ou suffisamment rare (si quelqu'un d'autre peut formuler la même chose, ce n'est sûrement pas assez spécifique)
- parfaitement claire (même si la combinaison évolue avec l'évolution des compétences)
- honnête (est-ce que chacun de mes piliers est vrai et maitrisé, et est-ce que je peux réellement créer la valeur ajoutée énoncée ? )
Au risque de me répéter, on revient encore sur les mêmes notions :
On démarre en empilant des compétences (l'idée de Scott Adams).
Avec cette base, on développe une expertise unique personnelle (l'idée de specific knowledge de Naval).
Cette expertise crée une démarcation naturelle, et la Combinaison Signature est une machine pour la développer
"Le savoir spécifique est un savoir qu’on ne peut pas vous enseigner. Si la société peut vous former, elle peut former quelqu’un d’autre et vous remplacer."
Naval Ravikant
Prenons un exemple.
- Expert copywriter
- Concurrence féroce, car tout le monde est positionné comme ça
- Être numéro 1 (ou simplement se démarquer) est très compliqué
- Copywriter combinant l'écriture, une formation de droit, et une obsession pour l'analyse statistique
- La formation de droit est précisément ce qui bloque dans les marchés qui paient le mieux (santé, finance, assurance,…) : les publicitaires écrivent des promesses qui ne passent pas le juridique, les juristes réécrivent des textes qui ne convertissent plus (donc on a là le combo rareté + valeur)
- Il n'y a pas grand monde sur ce terrain
- C'est relativement facile d'être dans le top 20% dans ces 3 domaines
Exemple de combinaison signature :
→ Je suis le seul à pouvoir écrire des promesses maximales et défendables pour les marques de santé et de finance, parce que je combine copywriting, droit de la consommation, et lecture critique des preuves scientifiques.
Par contre, toute combinaison ne peut pas être orchestrée de la même manière, et avoir le même impact.
C'est pour cette raison qu'il faut garder un proxi en tête :
Mes piliers sont-ils assez peu corrélés pour que peu de gens les combinent, mais assez connectés pour que leur combinaison serve à quelqu'un ?
Pour ça, il faut tester ces 2 critères : la rareté combinatoire, mais aussi la valeur créée.
La matrice Rareté Combinatoire x Valeur Créée
Être dans le top 20% de 3 domaines coûte bien moins cher que d'être dans le top 1% d'un seul.
Si les domaines sont à peu près indépendants, l'intersection est rare. On obtient : 0,2³ ≈ 0,8 %, c'est-à-dire qu'on rentre théoriquement dans un "top 1%", que l'on obtient par combinaison.
Maintenant qu'on s'est dit ça, on peut y apposer 2 réserves :
- la validité du calcul dépend de la rareté combinatoire
- l'intersection doit correspondre à un besoin réel
Plus tes piliers sont éloignés, plus tu payes sur 3 plans :
- Coût d'acquisition
Des piliers proches bénéficient du transfert d'apprentissage : atteindre le top 20 % en psychologie quand on est déjà copywriter est assez rapide. Des piliers éloignés n'ont aucun transfert, donc il faut payer plein tarif pour les maitriser. - Difficulté de liaison
Plus la distance est grande, moins il existe de ponts fonctionnels évidents entre les domaines. Faire émerger les potentielles synergies devient le travail lui-même. - Lisibilité
Une combinaison trop lointaine ne correspond par définition à aucune catégorie existante. Personne ne te cherche, et souvent, personne ne comprend.
Cela dit, la distance seule n'est pas le bon critère. Tu peux être excellent dans 2 domaines qui n'ont rien à voir et ne créer aucune rareté. Disons que tu es excellent cuisinier et très bon coureur. Ok tu as 2 domaines éloignés, mais bon... tu peux trouver une bonne partie de la population qui a ce même profil.
Prends par contre un pilote d'avion qui sait aussi piloter un hélicoptère, tu as des domaines très corrélés mais qui créent un profil relativement rare.
En gros : distance ≠ rareté.
Maintenant, passons à la notion de valeur. Car tout comme distance ≠ rareté, on peut aussi dire que rare ≠ précieux. Autrement dit, on peut combiner des choses pour obtenir une rareté inutile.
Mais reprends l'exemple de la cuisine et de la course, et ajoute un résultat :
→ organiser des treks gastronomiques en montagne.
Rien n'a changé dans tes compétences, mais soudain la combinaison est rare, utile, et difficile à copier (j'ai vérifié après avoir créé l'exemple, et si tu te demandes : oui, ça existe vraiment).
Avec ces 2 critères, on peut créer une matrice simple mettant en avant la place de la Combinaison Signature.

Le projet preuve
Cette Combinaison Signature ne reste qu'une hypothèse, pas une déclaration universelle de positionnement ou de profil. A la fin, il faut toujours se confronter au réel avec un projet preuve.
Autrement dit : est-ce que je réussis à créer un projet qui produit un résultat pour quelqu'un d'autre ?
Un multipassionné n'a pas forcément de domaine dominant. Mais il peut avoir un résultat dominant, servi par trois domaines distincts. Comme développé plus haut, on veut atteindre l'étape 3 d'orchestration : (domaine A × domaine B × domaine C) → Résultat.
Et la Combinaison Signature devient le résultat réussi de cette combinaison.
"L’avenir appartient à ceux qui apprennent toujours plus de compétences et savent les combiner avec créativité."
Robert Greene
Excellent week-end,
LA